Le Taureau Camargue
petit lexique camarguais

------La présence de bovidés en Camargue semble remonter à la plus haute antiquité et se confondre avec la formation même de la Camargue géologique. On a en effet retrouvé en Arles, à 2 km en amont, des ossements de bovins, aux cornes en forme de lyre, semblables à ceux de Solutré (village de Saône et Loire près de Mâcon, où l'on a découvert des restes nombreux de l'époque préhistorique).

------Cette découverte a permis de reconstituer un animal atteignant presque deux mètres de haut, et portant des cornes identiques à celles des taureaux d'aujourd'hui. Toutefois, l'origine du taureau Camargue est controversée. Certains l'apparentent aux bovins qui peuplent l'Asie et l'Europe Méridionale, et pensent qu'il est la dernière ramification de la race asiatique "Bos taurus asiaticus ". D'autres prétendent que le Camargue est un auroch ayant vécu au quaternaire, principalement en Afrique, mais aussi en Espagne et probablement en France, sous le nom de " bos primegenius mauritanien ". La première évocation semble prédominer. D'ailleurs, d'éminents chercheurs ou érudits ont développé cette thèse. Nous ne pouvons que reproduire leurs écrits. M. Samson, grand naturaliste, dans son Traite de Zootechnie décrit longuement le taureau asiatique :

------La race asiatique vit, pour la plus grande partie, en troupeaux sauvages ou demi-sauvages, exposés aux intempéries et aux alternatives de disette et d'abondance ; elle est de tempérament robuste, rustique, et n'a aucune aptitude particulièrement accentuée. Les femelles nourrissent juste leur veau, et maigrement ».

Une analyse qui rejoint les caractéristiques propres de notre Camargue. D'autant que, passant à sa description, ce même auteur s'exprime ainsi :

------La variété Camargue est de taille petite, eu égard à la moyenne de sa race ; les cornes sont minces, relativement longues et dirigées en haut, un peu en dehors... Des tentatives ont été faites pour améliorer les aptitudes et pour assouplir le caractère de ces sauvages, qui ne se font remarquer que par leur énergie ».

------Le Marquis de Baroncelli-Javon, manadier, écrivain Camarguais, grand mainteneur, écrivait, quant à lui :

------"Des témoignages irrécusables, des crânes encore ornés de leurs grandes cornes verticales en forme de lyre et de nombreux ossements de bovidés appartenant à cette famille ont été trouvés à Solutré mêlés aux squelettes du cheval quaternaire ce qui prouve que cette espèce hantait déjà les forêts de la Gaule il y a de nombreux millénaires. C'est le " Bos primigenius" des préhistoriens : il vivait à l'époque glaciaire dans les bassins de la Saône et du Rhône en compagnie du cheval. De grands cataclysmes terrestres à la fin de cette période bouleversèrent la face de l'Europe ; les climats se rechauffèrent et les conditions de vie des animaux furent complètement changées.

------Certaines espèces disparurent pour toujours, d'autres presque anéanties subsistèrent cependant en quelques hordes qui se refugièrent dans des repaires impénêtrables au fond des marécages et des forêts. Tel est le cas du cheval sauvage de Solutré et de son inséparable compagnon de toujours, des siècles écoulés et d'aujourd'hui, le grand boeuf brun aux cornes en lyre.

------Fuyant devant l'hostilité de la nature et des hommes, de repaire en repaire et d'époque en époque a travers les siècles et les millénaires, ils ont suivi le cours du Rhône et d'abord répandus dans les immenses marécages de la Provence et du Bas-Languedoc, ils ont fini par se cantonner vers les rivages de la mer et principalement dans le delta du Rhône, la Camargue, où règne encore le silence des premiers âges, où la vase des marais, le voile épais des roselières, peuvent leur faire croire que les temps préhistoriques.ne sont pas finis »,

------Le taureau camargue a été utilisé comme bête de trait. Sans se généraliser, l'attelage s'est poursuivi épisodiquement. Au cours de ces manifestations, les valets en profitaient pour s'amuser avec le taurillon capturé et les premiers rasets furent ainsi échangés. Marie Mauron, dans '' Le Taureau-dieu '' nous parle également avec saveur du gardian Rissotas (Languedocien) qui, il n'y a pas si longtemps a fait '' labourer " jusqu'à de grands taureaux de courses .

------S'ils servaient aux labours, les taureaux Camargue étaient également apprécies pour leur viande, recherchés meme, dit-on, pour le saucisson, et dés le XVllle siècle, escortés, les boeufs étaient acheminés vers les abattoirs arlésiens. Sur le parcours, la population les attendait, cherchait à les attraper et jouer avec eux. Un arrêté du 3 octobre 1722 de la Souveraine Cour de Provence condamne ces " espiègleries ''. De cette promiscuité avec les taureaux allait naître dans le coeur des Camarguais cet amour inconditionnel pour le '' taureau-dieu ", " dont on joue et qui joue ". Ce conquérant ivre d'espace et de liberté qui défendait ce droit divin à coups de cornes » (Marie Mauron).

------De cette civilisation Méditerranéenne, qui sacrifia le taureau au premier siècle, largement empreinte du culte du dieu Mithra depuis Rome et l'Empire (de nombreux tauroboles et monuments en témoignent), allait naître la passion du taureau et la course camarguaise.

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